Glossaire

La Théorie du Renversement propose une analyse de l’expérience de la vie quotidienne, montrant qu’une personne normale présente des personnalités différentes à différents moments, ce qui signifie que cette personne verra le monde et s’y comportera de différentes façons, selon ces différents moments. Ces divers types de personnalité (les « styles motivationnels ») sont chacun basés sur une motivation et une valeur fondamentales, comme l’accomplissement, le contrôle ou la liberté. Cela implique que la personnalité humaine possède une qualité essentiellement dynamique et que les différences inter-individuelles ne peuvent pas être comprises sans tenir compte des différences intra-individuelles.

La liste alphabétique des termes ci-dessous peut être utilisée, soit comme un glossaire, soit comme une introduction à la théorie.

Autique, Alloïque (état —)

Ces deux états métamotivationnels représentent deux façons alternatives de faire l’expérience de notre relation aux autres. Dans l’état autique (de l’ancien Grec autos qui signifie « soi »), nous évaluons le résultat de nos actions en termes d’utilité pour nous-mêmes ; tandis que dans l’état alloïque (de l’ancien Grec allos qui signifie « autre »), nous évaluons le résultat de nos actions en termes d’utilité pour les autres, auxquels nous nous identifions. La valeur de base de l’état autique est l’individualisme, celle de l’état alloïque est l’identification.

Bilan d’état

Il s’agit de la proportion de temps effectivement passée dans chaque membre d’une paire d’états métamotivationnels sur une période de temps donnée. Une personne peut être en toute probabilité fortement influencée par la dominance d’un état sur un autre, mais les situations auxquelles cette personne est confrontée durant cette période vont aussi avoir leur influence. Par exemple, un individu qui est de dominance télique peut, néanmoins, montrer un bilan d’état vers l’état paratélique durant les vacances.

Bistabilité

Un système est dit bistable s’il présente deux positions alternatives stables vers lesquelles il tend à retourner en cas de perturbation. Un interrupteur électrique en est un bon exemple. La Théorie du Renversement suggère que les systèmes motivationnels sont bistables, au sens où ils impliquent une dynamique de changement (le renversement) entre des états métamotivationnels opposés, de telle façon que l’un ou l’autre soit actif à tout moment (comme les deux positions « Ouvert » ou « Fermé » d’un interrupteur électrique), mais qu’un seul soit actif à chaque instant. Cette conception s’oppose au modèle homéostatique classique de la motivation, qui suggère que pour les variables motivationnelles en question (par ex. : pulsion, tension, activation), il y a une tendance à revenir sur une seule position (état), par exemple : réduction de la pulsion ou de la tension, niveaux modérés d’activation.

Cadre (psychologique) protecteur

Lorsque l’expérience est marquée par un cadre (psychologique) protecteur, cela signifie que l’on se voit soi-même comme effectivement immunisé des conséquences de l’échec ou de l’erreur et par conséquent, on peut trouver du plaisir à ce que l’on est en train de faire, sans avoir de souci. Le cadre protecteur peut être considéré comme un aspect de l’état paratélique, son absence étant associée avec l’état télique.

Chronotype

Il s’agit d’une erreur de jugement par sur-généralisation qui consiste à généraliser comme caractéristique permanente d’un individu, un caractère de cet individu observé à un moment donné (il s’agit donc d’une version individuelle et diachronique du stéréotype). Par exemple, « C’est une personne déplaisante », caractéristique attribuée à une personne rencontrée une seule fois. Le chronotype peut aussi s’appliquer à soi-même, par exemple : « On ne peut pas m’aimer ». Les théories des traits de personnalité commettent systématiquement cette erreur, ce qui implique que les individus sont incapables de changer. Le concept de bistabilité, apporté par la Théorie du Renversement, suggère que le chronotype implique une sur-simplification.

Conformiste, transgressif (état —)

Cette paire d’états métamotivationnels représente deux façons opposées de faire l’expérience des règles (considérées de façon extensive, incluant les attentes et la pression sociales, les conventions, les routines, etc.). Dans l’état conformiste de telles règles procurent à l’individu une structure et une signification auxquelles il lui est, de fait, agréable de se soumettre. Dans l’état transgressif, les règles de toute nature sont expérimentées comme des restrictions auxquelles l’individu, de fait, tend à s’opposer. La valeur de base de l’état conformiste est le devoir, celle de l’état transgressif étant la liberté.

Domaine (modalité de l’expérience)

Il s’agit d’aspects de l’expérience qui constituent une caractéristique permanente de la vie mentale et qui sont marqués par des interprétations opposées, formant des paires d’états métamotivationnels opposés. La théorie définit quatre modalités de l’expérience : Moyens-buts (caractérisée par les états télique et paratélique), Règles (caractérisée par les états conformiste et transgressif), Transactions (caractérisée par les états maîtrise et sympathie) et Relations (caractérisée par les états autique et alloïque). Par exemple, nous sommes toujours conscients de nos buts et des activités que nous entreprenons pour réaliser ces buts, ce qui représente le domaine Moyens-buts. Cependant, ces buts et activités peuvent entrer dans deux modalités opposées de l’expérience, respectivement définies par les états télique et paratélique. L’identification des domaines de l’expérience est une part essentielle de la phénoménologie structurale.

Dominance

Il s’agit de la tendance innée à passer plus de temps dans un état métamotivationnel plutôt que son opposé dans une paire donnée. Ainsi, on peut être de dominance sympathie, si l’on tend à passer plus de temps dans l’état sympathie plutôt que l’état maîtrise. Chaque degré de dominance est possible entre les membres d’une paire d’états, y compris un équilibre parfait entre eux. La dominance peut être plus particulièrement provoquée par la façon dont la satiété peut s’accumuler plus rapidement dans une direction ou une autre d’une paire d’états. On peut noter que même si une personne est dominante dans un état, on doit s’attendre à ce qu’elle passe aussi du temps dans l’état opposé. De sorte que le concept de dominance est fondamentalement différent de celui de trait. De plus, à la différence du trait, la dominance doit normalement changer au cours du temps.

Focalisation

Un état métamotivationnel est central à un moment donné s’il est au centre de l’attention du moment. Bien que quatre états soient actifs à chaque instant (un pour chaque modalité de l’expérience), normalement un ou deux d’entre eux seulement sera central selon la définition donnée. Si les membres d’une paire d’états sont fréquemment centraux, alors cette paire (ou la modalité d’expérience qui lui correspond) sera dite saillante.

Labilité

Il s’agit de la facilité, et de fait la fréquence, avec laquelle un individu tend à basculer d’un état métamotivationnel vers un autre. Ainsi, deux personnes ayant une même dominance concernant telle paire d’états, peuvent néanmoins avoir des degrés de labilité différents, renversant entre les deux états avec une fréquence plus ou moins importante, tout en passant plus de temps sur l’état dominant.

Maîtrise, sympathie (état —)

Cette paire d’états métamotivationnels représente une façon alternative de faire l’expérience des transactions entre les autres personnes, les objets et soi-même. Dans l’état de maîtrise, la situation est vécue dans la perspective du contrôle et les transactions sont interprétées dans la perspective de prendre ou laisser. Dans l’état de sympathie, la situation est expérimentée dans la perspective de l’affection et des relations personnelles, du don. La valeur de base de l’état de maîtrise est la puissance, celle de l’état de sympathie est l’amour.

Métamotivationnel (état —)

C’est un état dans lequel un des motifs psychologiques de base (défini par la théorie) est expérimenté, motif qui organise la vie mentale autour de lui, durant sa période d’activité (état actif). Un tel état est appelé métamotivationnel parce qu’il conduit d’autres variables motivationnelles (comme l’activation) ou des motivations biologiques (par exemple, la faim) à être interprétées d’une façon particulière. Cet état renvoie aussi à un style motivationnel, bien que ce dernier terme fasse plus particulièrement référence à une façon générale de voir et d’agir qui est reliée à la motivation en question. Les états métamotivationnels vont par paires d’états opposés, dont l’un des membres de chaque paire est actif à un moment donné (état actif). Etant donné qu’il existe quatre paires d’états, quatre états métamotivationnels sont donc actifs à tout moment. Le passage d’un membre de la paire vers l’autre est appelé un renversement. Plus particulièrement, les quatre paires d’états métamotivationnels opposés sont : télique et paratélique, conformiste et transgressif, maîtrise et sympathie et autique et alloïque.

Parapathique (émotion —)

Il s’agit d’une émotion qui est supposée déplaisante (par exemple, le dégoût, la colère), mais qui sera en fait vécue comme plaisir lorsqu’elle est expérimentée dans l’état paratélique. Par exemple, on peut éprouver du plaisir face à l’angoisse produite par un film d’horreur, ou avec l’anxiété produite par un roman d’épouvante, ou devant la tristesse d’une tragédie grecque au théâtre. Dans ces exemples, on éprouvera respectivement une horreur parapathique, une anxiété parapathique ou une tristesse parapathique (Nota : par convention la mise entre guillemets désigne le caractère parapathique de l’expérience vécue, par exemple, la « peur » sur un manège de fête foraine).

Paratélique (état —)

Voir Télique, paratélique (état —).

Phénomenologie structurale

Il s’agit de l’approche générale adoptée par la théorie du renversement, qui implique l’identification des structures de l’expériences. Ces structures concernent les domaines (modalités) de l’expérience, les états métamotivationnels et les renversements qui surviennent entre les états métamotivationnels.

Renversement

Il s’agit d’un basculement d’un état métamotivationnel vers son opposé dans une modalité de l’expérience, par exemple, à partir de l’état télique actif, vers l’état paratélique actif ou l’inverse. Les renversements sont provoqués par des changements de situation, par la frustration et par la satiété. Les processus dynamiques qui résultent du renversement, y compris la bistabilité, signifient qu’un chronotype est une façon incorrecte de décrire les individus.

Saillance

Le concept s’applique aux modalités (domaines) de l’expérience. Un domaine est plus saillant qu’un autre si l’individu tend à être, au cours du temps, plus conscient de la paire d’états métamotivationnels qui le composent, que des états correspondant à un autre domaine. Une autre façon d’expliquer la saillance est de dire qu’un domaine de l’expérience est plus central qu’un autre : par exemple, la paire conformiste et transgressif peut être plus souvent centrale, au cours du temps, que la paire télique et paratélique ; tandis que pour un autre individu ce sera l’inverse. Le premier individu tend à être plus conscient des problèmes concernant les règles et le second des problèmes concernant les moyens et les buts.

Satiété

Il s’agit d’un processus interne qui entraîne une élévation de la probabilité d’un renversement au cours du temps et qui peut lui-même conduire à un éventuel renversement, même en l’absence d’un changement de situation. La disparité dans la rapidité d’un tel processus, comme entre un état métamotivationnel et son opposé, peut expliquer au moins jusqu’à un certain point, la dominance d’un état sur un autre.

Style motivationnel

Il s’agit d’une façon particulière de voir le monde et d’y agir, associée à un état métamotivationnel particulier. Par exemple, le sérieux (relié à l’état télique) et l’orientation vers autrui reliée à l’état alloïque). Ces styles vont par paires de styles opposés, chaque paire représentant une modalité (domaine) de l’expérience. Il existe quatre de ces paires, qui représentent ensemble huit styles motivationnels.

Sympathie (état —)

Voir Maîtrise, sympathie (état —).

Synergie

Appelée aussi synergie cognitive. Une synergie survient lorsque une identité perçue donnée est expérimentée comme ayant des qualités incompatibles au même moment ou dans une succession immédiate. Par exemple, une peinture d’art est à la fois une toile plate et aussi une scène tri-dimensionnelle ; un homme pompeux qui tombe apparaît à la fois digne et indigne. En général, les synergies sont plaisantes dans l’état paratélique (où elles prennent la forme de plaisanteries, d’œuvres d’art, etc.) et déplaisantes dans l’état télique où elles sont expérimentées comme des dissonances, des ambiguïtés, etc.

Télique, paratélique (état —)

Cette paire d’états métamotivationnels comprend deux façons opposées de faire l’expérience des moyens et des fins (buts). Dans l’état télique (du Grec ancien telos qui signifie but, au loin), l’individu évalue son activité en termes de comment elle le conduit à atteindre des buts importants dans le future. A l’inverse, dans l’état paratélique (avec le préfixe Grec para qui signifie une opposition), l’activité en cours est évaluée en termes de plaisir actuel apporté à l’individu, au moment présent. L’état télique tend à conduire à la planification dans le cadre d’un état d’esprit sérieux, tandis que l’état paratélique est davantage du côté de la spontanéité, avec un état d’esprit enjoué. Les hauts niveaux d’activation physiologique (excitation) sont vécus de façon anxieuse dans l’état télique, mais de façon enjouée et ludique dans l’état paratélique. L’état paratélique est caractérisé par la présence d’un cadre psychologique protecteur et l’état télique par l’absence d’un tel cadre. Dans l’état paratélique, les émotions supposées déplaisantes (comme la colère), peuvent être expérimentées comme émotions parapathiques plaisantes (la « colère », les guillemets signifiant le caractère spécial, parapathique, du vécu positif de cette émotion). Les synergies cognitives tendent à être plaisantes dans l’état paratélique et déplaisantes dans l’état télique.

Transgressif (état —)

Voir Conformiste, transgressif (état —).

Michael J. Apter – Août 2003