Foire aux questions

La théorie du renversement est une théorie psychologique de la motivation — peut-être la première grande théorie de ce genre depuis que Maslow, Herzberg et d’autres ont proposé leurs théories classiques, il y a quelques cinquante ans. Mais, elle est plus que cela : c’est aussi une théorie de l’émotion, de la personnalité, du stress, de l’addiction, de la violence et de beaucoup d’autres phénomènes psychologiques. En fait, c’est une théorie générale du comportement et de l’expérience humains, construite à partir d’une analyse de la façon dont les gens font l’expérience de leurs motivations.

D’où vient cette théorie ?

Les idées fondatrices ont été avancées au milieu des années 1970, par le Dr. Ken Smith et le Dr. Michael Apter, respectivement psychiatre et psychologue britanniques. Ces idées ont été plus tard étoffées et développées dans une théorie complète par le Dr. Apter, avec les contributions d’autres collègues. De nombreux chercheurs et praticiens dans le monde se sont impliqués dans le test de la théorie et le développement d’applications qui s’en inspirent.

Sur quelles preuves la théorie est-elle basée ?

La théorie du renversement est construite sur plusieurs types de preuves : expérimentales, psychométriques, psychophysiologiques et cliniques. Ces démonstrations ont été recueillies sur une période s’étendant sur plus de 30 années, par des chercheurs de nombreux pays de par le monde.

Qu’est-ce qui est spécial dans cette théorie ?

La théorie est inhabituellement extensive et intégratrice, à une époque où les psychologues ont tendance à réduire leur champ de vision et à se spécialiser dans leur travail. Entre autres choses, elle fournit une nouvelle structure pour comprendre les principaux types de psychopathologie.

Elle affirme que nous ne pouvons pas comprendre le comportement, tant que nous ne comprenons pas la signification personnelle que ce comportement a pour la personne qui le réalise. Cela signifie que la théorie part de la vie mentale et fonctionne d’une façon « centrifuge » vers les comportements, les performances et les relations.

Elle insiste sur la versatilité de la nature humaine, sur la façon selon laquelle nous sommes tous des gens différents à différents moments et même d’instant en instant. Dans la perspective de cette théorie, les individus sont inconsistants et même en auto-contradiction au cours du temps et ils se comportent différemment à différents moments, même dans la même situation.

La théorie révèle des aspects de la nature humaine, sur lesquels d’autres théories ont fermé les yeux, comme l’enjouement, la rébellion et le sacrifice de soi. Ce faisant, elle s’intéresse à un grand nombre de phénomènes intéressants comme l’humour, l’art, le sport, les combats armés, les jeux d’argent et les rituels religieux. Elle peut être considérée comme une théorie de la vie quotidienne — dans toutes ses nuances, sa complexité et ses paradoxes.

La théorie s’est impliquée avec succès sur un impressionnant éventail de domaines, avec la psychologie de la santé, les performances sportives et l’éducation des enfants. En particulier, elle a été utilisée dans le conseil en management, dans le but d’élaborer des équipes, de changer le management et de développer le pouvoir exécutif.

Quelles sont ses idées de base ?

Au cœur de la théorie réside l’idée que notre expérience est formée par un ensemble de manières alternatives de voir le monde, chacune basée sur une valeur ou motivation fondamentale. En particulier, quatre paires de ces états opposés ont pu être identifiées. Nous basculons — ou « renversons » — assez fréquemment entre ces « styles » ou « états motivationnels » opposés, au cours de notre vie quotidienne et dans des circonstances variées.

Ces paires d’états peuvent être brièvement caractérisées de la façon suivante, avec le terme en langage commun et le terme technique correspondant qui suit entre parenthèses :

  • L’état sérieux (télique), centré sur des buts importants et la planification, opposé à l’état enjoué (paratélique), centré sur le plaisir immédiat et l’action spontanée.
  • L’état discipliné (conformiste), centré sur les obligations et le maintien des règles et des routines, opposé au style provocateur (transgressif), qui est un état contestataire, centré sur la liberté personnelle.
  • L’état de maîtrise, centré sur le pouvoir, le contrôle et la domination, opposé à l’état de sympathie, centré sur la gentillesse, l’attention envers les autres et l’harmonie.
  • L’état orienté sur soi (autique), centré ses propres besoins, opposé à l’état orienté vers l’autre (alloïque), centré sur les besoins des autres.

Tous ces états se combinent entre eux, de façons variées, à différents moments, pour donner naissance au large éventail des émotions et des comportements humains. La personnalité doit être comprise en termes de modes de changement qui caractérisent les personnes au fil du temps, plutôt que comme des positions fixes sur des dimensions (des « traits »).

Michael J. Apter – Août 2003